Un audit technique, ce n'est pas réservé aux développeurs
Quand un dirigeant me dit qu'il n'y connaît rien en technique, je lui réponds la même chose : sur un site de PME, la grande majorité des problèmes se repèrent avec deux outils gratuits et une heure devant soi. Pas de serveur à bidouiller, pas de code à décrypter.
Le principe tient en trois questions : Google trouve-t-il vos pages, arrive-t-il à les lire, et vos visiteurs restent-ils assez longtemps pour les voir s'afficher ? Ouvrez donc deux onglets avant de commencer, la Google Search Console et PageSpeed Insights. Avec ça, vous couvrez déjà 8 points sur 10.
1. Vos pages sont-elles réellement indexées ?
Point de départ, et de loin le plus important. Une page non indexée n'existe pas pour Google : elle ne se positionne sur rien.
Le test express : tapez site:votresite.fr dans Google. Si vous avez publié 60 pages et qu'il en affiche 7, il y a un souci. Le test sérieux, lui, se fait dans la Search Console, rubrique Indexation puis Pages. Vous y voyez les pages indexées, les exclues, et surtout le motif de chaque exclusion. Certains sont normaux (une page de remerciement en noindex volontaire), d'autres sont des alertes : « Explorée, actuellement non indexée » revient souvent sur les sites jeunes ou au contenu trop mince.
Pour une page précise, collez son URL dans la barre d'inspection en haut de l'outil. Google vous dit si elle est indexée et ce qui bloque.
2. Le robots.txt et les balises noindex : les deux interrupteurs
Deux réglages minuscules peuvent rendre un site entier invisible.
Le fichier robots.txt d'abord : tapez votresite.fr/robots.txt dans votre navigateur. Si vous y lisez Disallow: /, vous demandez à Google de ne rien explorer. Ça arrive plus souvent qu'on ne croit, en général après une refonte.
Les balises noindex ensuite. Sur une page qui devrait ressortir, faites Ctrl+U (afficher le code source), puis Ctrl+F et cherchez « noindex ». Sur WordPress, vérifiez aussi la case « Demander aux moteurs de recherche de ne pas indexer ce site » dans Réglages puis Lecture : c'est celle qu'on coche pendant le développement et qu'on oublie au lancement. J'ai déjà vu un site refait à neuf rester absent de Google pendant des semaines à cause d'elle.
3. Le sitemap XML est-il propre ?
Vérifiez qu'il existe : votresite.fr/sitemap.xml ou votresite.fr/sitemap_index.xml (les extensions SEO de WordPress le génèrent toutes seules). Puis qu'il est bien soumis dans la Search Console, rubrique Sitemaps, sans erreur de lecture.
Un bon sitemap ne contient que des URL vivantes et indexables. Ni pages redirigées, ni 404, ni noindex.
4. Une seule version du site accessible
Votre site peut techniquement répondre sur quatre adresses : avec ou sans www, en http ou en https. Si les quatre s'affichent sans redirection, Google voit quatre sites qui se dupliquent.
Le contrôle prend deux minutes : tapez tour à tour les quatre adresses. Les trois autres doivent basculer d'elles-mêmes vers la version que vous avez choisie, en https. Au passage, jetez un œil au cadenas de sécurité : un certificat expiré fait fuir les visiteurs.
5. La vitesse et les Core Web Vitals
Passez votre page d'accueil et deux ou trois pages importantes dans PageSpeed Insights. Regardez l'onglet mobile en priorité : c'est celui qui compte le plus, et presque toujours le plus mauvais.
Ne vous focalisez pas sur le score sur 100, il fluctue et rend accro pour rien. Regardez les indicateurs de terrain (LCP, CLS, INP) et la liste des recommandations en bas de page, classées par gain estimé. Images trop lourdes, scripts qui bloquent l'affichage, absence de cache : les trois coupables habituels.
Si le sujet vous paraît nébuleux, on a détaillé ce que recouvrent exactement les Core Web Vitals et ce que Google en fait.
6. Le mobile, pour de vrai
Google indexe d'abord la version mobile de votre site. C'est elle qui détermine votre classement, y compris pour les recherches faites sur ordinateur.
Le meilleur test reste le plus bête : sortez votre téléphone et naviguez sur votre propre site. Texte lisible sans zoomer ? Boutons cliquables au pouce ? Popup ou bandeau cookies qui recouvre tout ? Faites-le sur trois ou quatre pages, pas seulement l'accueil.
7. Les liens cassés et les redirections
Direction la Search Console, rubrique Indexation, motif « Introuvable (404) ». Vous y trouvez les pages que Google a essayé de visiter sans succès.
Toutes les 404 ne sont pas des problèmes : une vieille page supprimée que personne ne visitait peut le rester, c'est une réponse honnête. En revanche, une 404 qui reçoit encore des liens, depuis vos propres pages ou depuis un site extérieur, mérite une redirection 301 vers l'équivalent le plus proche. Pas vers l'accueil par défaut, c'est une facilité qui dessert l'utilisateur.
8. La duplication et la balise canonique
Le contenu dupliqué interne, c'est le même texte accessible depuis plusieurs adresses. Les classiques : URL avec paramètres de filtre ou de tri, versions avec et sans slash final, fiches produits identiques à une variante de couleur près.
La balise canonique règle ça en indiquant quelle version fait référence. Vérifiez sa présence dans le code source (cherchez « canonical ») et surtout qu'elle pointe vers la bonne URL, pas vers l'accueil ni vers une adresse en http. Mal réglée, elle fait plus de dégâts qu'absente.
9. Titles, H1 et balises alt : le passage en revue
On sort du pur technique, mais ça se contrôle dans le même mouvement, et aucun outil ne vous alertera là-dessus.
- Une balise title unique par page, lisible, qui annonce le sujet (au-delà d'environ 60 caractères, Google la tronque).
- Un seul H1 par page, pas le nom du site répété partout.
- Une hiérarchie de titres cohérente : des H3 sous les H2, sans sauter de niveau pour des raisons de mise en forme.
- Un attribut alt sur les images qui portent du sens, décrivant sobrement ce qu'on voit.
- Une meta description par page importante.
Sur un site de 30 pages, comptez une heure. Au-delà, un crawler sort la liste des titles manquants ou dupliqués en quelques minutes.
10. La profondeur de clic et les pages orphelines
Combien de clics faut-il depuis l'accueil pour atteindre une page donnée ? Au-delà de trois ou quatre, Google la visite rarement, et vos visiteurs encore moins.
Le cas extrême, c'est la page orpheline : publiée, présente dans le sitemap, mais reliée à rien. Elle n'a quasiment aucune chance de se positionner. La correction ne coûte rien : reliez vos pages entre elles avec un maillage interne cohérent, depuis vos articles proches et vos pages de catégorie.
La checklist à garder sous la main
Le résumé, dans l'ordre où je le déroule chez un client :
- Indexation : combien de pages Google connaît-il vraiment ?
- robots.txt et noindex : aucun blocage involontaire.
- Sitemap XML : présent, soumis, sans URL mortes.
- Une seule version du site en https, les autres redirigées.
- Vitesse : PageSpeed sur mobile, priorité aux images et au cache.
- Mobile : navigation testée au pouce sur plusieurs pages.
- 404 et redirections : les liens qui comptent rattrapés en 301.
- Duplication : canoniques présentes et bien orientées.
- Balisage : titles uniques, un H1 par page, alt sur les images.
- Profondeur de clic : rien d'important à plus de trois clics, aucune page orpheline.
Traitez ces points de haut en bas, sans sauter d'étape : optimiser la vitesse d'une page que Google n'indexe même pas, c'est repeindre un mur avant d'avoir bouché le trou.
Une fois le technique assaini, enchaînez sur les mots-clés, le contenu et les liens avec notre méthode d'audit SEO à faire soi-même sans rien dépenser. Et refaites ce tour de piste deux fois par an, ou juste après une refonte : c'est là que les interrupteurs se remettent tout seuls en position bloquée.



