Avant le calendrier : un seul objectif pour le trimestre
Je vois souvent des gérants arriver avec une liste de souhaits : être plus visible, refaire le site, lancer Instagram, tester la pub, envoyer une newsletter. Tout ça en même temps, seul, entre deux devis. Ça ne tient jamais plus de trois semaines.
Un plan à 90 jours commence par une phrase qui décrit ce qui doit avoir changé à la fin du trimestre. Pas « être plus visible », mais quelque chose que vous pouvez compter : des demandes de devis reçues via le site, des rendez-vous qualifiés, de nouveaux clients. Le chiffre, c'est vous qui le fixez à partir de votre point de départ. Si vous recevez deux ou trois demandes par mois aujourd'hui, viser le double est ambitieux mais crédible. Viser dix fois plus, c'est préparer une déception.
Deuxième décision : le temps. Pour un gérant sans équipe, je recommande de trois à cinq heures par semaine, sur un créneau fixe (le mardi matin, par exemple). En dessous, rien n'avance. Au-dessus, le marketing empiète sur la production et saute à la première semaine chargée.
L'exemple qui sert de fil rouge
Pour rester concret, prenons une PME imaginaire mais très proche de celles que j'accompagne : une société de maintenance informatique de sept personnes, qui travaille pour des cabinets comptables et des commerces de sa région. Le gérant fait le commercial lui-même. Le marketing aussi, quand il a le temps (donc rarement).
Ses clients arrivent presque tous par le bouche-à-oreille. Ça marche, mais c'est irrégulier et il ne maîtrise rien. Son objectif du trimestre : recevoir chaque mois quelques demandes qualifiées venues du site ou de LinkedIn, en plus des recommandations. Budget publicitaire quasi nul, quatre heures par semaine. Vous n'êtes pas dans l'informatique ? Gardez la logique, changez les canaux.
Mois 1 (semaines 1 à 4) : remettre la maison en ordre
Le mois le moins spectaculaire, et le plus important. On ne cherche pas encore de contacts : on s'assure que ceux qui viendront trouveront quelque chose de propre.
- Semaine 1, la cible et le message. Écrivez qui est votre client idéal (secteur, taille, interlocuteur) et ce que vous lui apportez, en une phrase claire. Pour notre PME : « On s'occupe de l'informatique des cabinets et des commerces pour qu'ils n'aient plus à y penser. »
- Semaine 2, le site. Une page par service, une page contact avec un formulaire testé (envoyez-vous un message pour vérifier qu'il arrive), vos coordonnées visibles partout. Branchez la Google Search Console si ce n'est pas fait : c'est gratuit, et c'est elle qui vous dira plus tard sur quelles recherches vous apparaissez.
- Semaine 3, la fiche Google. Pour une entreprise qui travaille sur une zone géographique, c'est souvent le premier point de contact. Consacrez une heure à l'optimisation de votre fiche Google Business Profile (catégories, services, photos, horaires), puis demandez un avis à vos clients les plus satisfaits.
- Semaine 4, le tableau de suivi. Un simple tableur : une ligne par demande reçue, avec la date, l'origine (site, LinkedIn, recommandation, téléphone) et ce qu'elle est devenue. Puis choisissez les deux canaux du mois suivant. Pas un de plus.
Ce tableau, c'est le cœur du plan. Sans lui, au bout de 90 jours, vous aurez une impression. Avec lui, vous aurez une réponse.
Mois 2 (semaines 5 à 8) : deux canaux, pas cinq
C'est le mois où l'on va chercher des contacts, et celui où la plupart des plans dérapent parce qu'on veut être partout. Seul, avec quatre heures par semaine, vous pouvez tenir deux canaux correctement. Au-delà, vous en tenez cinq mal.
Pour notre société de maintenance, les deux canaux retenus :
- LinkedIn, depuis le profil du gérant plutôt que depuis la page entreprise, qui démarre généralement avec très peu d'audience. Deux publications par semaine tirées de cas réels (« ce qu'on a trouvé en arrivant chez un cabinet de douze personnes »), plus quelques messages personnalisés à des contacts de la cible.
- Un article sur le site toutes les deux semaines, qui répond à une question que les clients posent vraiment au téléphone : « que faire si un salarié clique sur un mail piégé ? », « faut-il un serveur ou tout passer dans le cloud ? ». C'est la base du marketing de contenu quand on est une PME, et chaque article nourrit aussi LinkedIn.
Vous ajoutez une lettre d'information ? D'après la CNIL, entre professionnels, l'email de prospection est possible sans consentement préalable s'il concerne le métier du destinataire, à condition de l'en informer et de lui permettre de s'opposer simplement (détail sur la page de la CNIL dédiée à la prospection par email).
Ce mois-là, la régularité compte plus que la perfection. Un article correct publié à la date prévue vaut mieux qu'un article brillant qui dort dans vos brouillons.
Mois 3 (semaines 9 à 12) : mesurer, couper, renforcer
Semaine 9, vous ouvrez le tableau de suivi et vous regardez une seule chose : d'où viennent les demandes qualifiées. Pas les likes, pas les visites. Les demandes.
Ensuite, c'est simple. Le canal qui a produit des contacts sérieux reçoit plus de temps en semaines 10 et 11. Celui qui n'a rien donné, vous le réduisez ou le remplacez. Si vous avez dépensé de l'argent (un peu de publicité, un outil), c'est le moment de calculer votre coût par lead canal par canal pour comparer sur une base honnête.
Un piège, quand même : le référencement naturel ne se juge pas en huit semaines. Des articles publiés au mois 2 peuvent mettre plusieurs mois à remonter dans Google. Pour ce canal, regardez plutôt dans la Search Console si vos pages apparaissent et si les impressions progressent. C'est un signal avancé, pas encore un résultat.
Semaine 12, bilan d'une heure : ce qui a marché, ce qui n'a pas marché, ce que vous gardez. Et vous fixez l'objectif du trimestre suivant.
Le plan sur une page, à recopier
Voici le trimestre résumé, tel que je le remets aux gérants que j'accompagne. Collez-le en première page de votre tableau de suivi.
| Période | Objectif | Actions clés | Ce que vous mesurez |
|---|---|---|---|
| Semaines 1 à 4 | Être prêt à recevoir des contacts | Cible et message, site et formulaire, Search Console, fiche Google, premiers avis, tableau de suivi | Tout est en place et testé |
| Semaines 5 à 8 | Générer des contacts | Deux canaux tenus chaque semaine (ici LinkedIn et un article tous les quinze jours) | Demandes reçues et leur origine |
| Semaines 9 à 12 | Garder ce qui marche | Analyse du tableau, temps réalloué, bilan, objectif suivant | Demandes qualifiées par canal, coût par contact si budget engagé |
Ce qui fait capoter un plan à 90 jours
Trois choses, presque toujours. Tout lancer en même temps, puis tout abandonner en même temps. Juger trop tôt, surtout un canal lent comme le SEO. Et la plus banale : ne pas protéger le créneau dans l'agenda. Le jour où un client urgent appelle, c'est le marketing qui saute. Une fois, ça passe. Trois semaines de suite, le plan est mort.
Un plan modeste tenu chaque semaine rapporte plus qu'un plan ambitieux abandonné en semaine trois.



