La formule du ROI marketing (et ce que chaque terme veut dire)
ROI, pour return on investment, retour sur investissement en bon français. La formule est simple :
ROI = (gains générés par la campagne - coût total de la campagne) / coût total de la campagne × 100.
Derrière cette ligne, deux termes qu'il faut définir proprement. Les gains, ce n'est pas le chiffre d'affaires généré : c'est la marge brute que la campagne a rapportée, autrement dit ce qui reste une fois déduit le coût de ce que vous vendez. Le coût total, lui, englobe tout ce que la campagne vous a coûté : le budget publicitaire, bien sûr, mais aussi le temps passé, les outils, la création des visuels ou de la page de destination.
La lecture du résultat est directe. Un ROI positif, la campagne rapporte plus qu'elle ne coûte. Un ROI à 0 %, vous êtes à l'équilibre. Un ROI négatif, vous perdez de l'argent sur cette opération (ce qui peut rester acceptable si elle sert un objectif long terme, on y revient plus bas).
Un exemple chiffré de A à Z
Prenons une PME qui vend un produit à 400 €, avec une marge brute de 150 € par vente. Elle lance une campagne Google Ads sur un mois.
Côté coûts, on additionne tout : 1 500 € de budget publicitaire, 300 € de gestion (le temps du prestataire ou le vôtre, valorisé), 200 € pour la création de la page d'atterrissage. Coût total : 2 000 €.
Côté résultats, la campagne génère 30 ventes. Le chiffre d'affaires attribué est donc de 12 000 €, mais ce qui nous intéresse, c'est la marge : 30 ventes × 150 € = 4 500 € de marge brute.
On applique la formule : (4 500 - 2 000) / 2 000 = 1,25, soit un ROI de 125 %. Concrètement, chaque euro investi est revenu accompagné de 1,25 € de gain net. La campagne est rentable, et largement.
Maintenant, refaites le même calcul avec le chiffre d'affaires à la place de la marge : (12 000 - 2 000) / 2 000 = 500 %. Cinq fois plus flatteur, et complètement faux. C'est l'erreur la plus répandue dans les reportings, et elle fait prendre de mauvaises décisions : une campagne peut afficher un superbe « ROI » sur le chiffre d'affaires tout en détruisant de la valeur une fois la marge prise en compte.
ROI ou ROAS : deux cousins qu'on confond tout le temps
Dans les interfaces publicitaires, vous croiserez surtout le ROAS (return on ad spend) : le chiffre d'affaires divisé par la seule dépense publicitaire. Dans notre exemple, 12 000 € de CA pour 1 500 € de pub, soit un ROAS de 8.
Le ROAS est pratique pour piloter les campagnes au quotidien et comparer des annonces entre elles. Mais il ne dit rien de la rentabilité réelle : il ignore votre marge et tous les coûts hors média. Un ROAS de 8 peut cacher une perte sèche si vous vendez des produits à faible marge.
Une astuce de terrain pour relier les deux : votre ROAS d'équilibre vaut 1 divisé par votre taux de marge. Avec 37,5 % de marge comme dans notre exemple, il faut un ROAS d'environ 2,7 juste pour ne pas perdre d'argent sur la dépense publicitaire, avant même de compter la gestion et la création. Ça remet les « beaux » ROAS à leur place.
Ce qu'il faut compter dans les coûts (spoiler : pas juste la pub)
Le poste le plus souvent oublié, c'est le temps humain. Une campagne « gratuite » qui mobilise trois jours d'un salarié n'est pas gratuite. Pour un calcul honnête, listez :
- le budget média (Google Ads, Meta, sponsoring, achat d'espace) ;
- le temps passé en interne, valorisé au coût réel des personnes ;
- les prestataires : agence, freelance, rédaction, design ;
- les outils utilisés pour la campagne (emailing, tracking, landing pages) ;
- les coûts induits : promotions, frais de port offerts, commissions.
Pour structurer ce chiffrage, les ressources de Bpifrance Création sur le calcul des coûts et de la marge sont une bonne base, surtout si vous montez votre premier budget marketing.
Suivre les gains sans se noyer dans les outils
Le calcul n'est fiable que si vous savez relier les ventes à la campagne. Pour un site web, le duo de base reste le suivi des conversions dans Google Analytics et, en B2B, un CRM qui trace l'origine de chaque contact. Si vous partez de zéro sur le sujet, suivez un tutoriel Google Analytics 4 pensé pour les débutants avant de lancer la campagne, pas après : un tracking posé a posteriori, c'est des données perdues.
Pour les actions hors ligne (salon, flyer, radio locale), utilisez un code promo dédié, une page d'atterrissage spécifique ou un numéro de téléphone propre à la campagne. C'est artisanal, mais ça suffit pour attribuer l'essentiel.
Un dernier réflexe utile : comparez vos résultats à une référence. Si votre campagne amène beaucoup de trafic mais peu de ventes, regardez le taux de conversion moyen d'un site e-commerce pour savoir si le problème vient de la campagne ou de votre site lui-même.
Les limites du calcul (à connaître pour ne pas se raconter d'histoires)
Première limite : l'attribution. Un client voit votre pub, ne clique pas, puis tape votre marque dans Google trois jours plus tard et achète. La vente sera créditée au « trafic direct » ou au SEO, pas à la campagne. Aucun outil ne résout ça parfaitement ; gardez juste en tête que le ROI mesuré est souvent un plancher, pas une vérité absolue.
Deuxième limite : le temps. Certains canaux paient vite (la publicité), d'autres paient tard mais longtemps (le contenu, le référencement). Calculer le ROI d'un article de blog au bout d'un mois n'a pas de sens. C'est d'ailleurs tout l'enjeu quand il faut arbitrer entre Google Ads et le SEO : le premier se mesure en semaines, le second en trimestres.
Troisième limite : la valeur client dans la durée. Si vos clients rachètent régulièrement, la première vente sous-estime le gain réel de la campagne. Une campagne à ROI légèrement négatif sur la première commande peut être très rentable sur douze mois. L'important n'est pas d'avoir un chiffre parfait, c'est de calculer toujours de la même façon, campagne après campagne, pour comparer ce qui est comparable.



